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Tchonté Mireille Silué : rendre l'éducation accessible à tous grâce à la lecture

Dernière mise à jour : 18 avr. 2023

Entretien avec Tchonté Mireille Silué sur l'éducation et l'engagement des Jeunes


Qui est Tchonté Mireille Silué?

Actuellement Youth Engagement Officer (ou Chargée de l’Engagement des Jeunes) auprès de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, après avoir été professeure d’Université et de maternelle, Tchonté Mireille Silué est elle-même une jeune femme engagée depuis de nombreuses années pour la cause de l’éducation. C’est en 2016 avec son blog Les Chroniques de Tchonté que sa notoriété grandit dans son pays. Elle y partage ses écrits relatifs à ses passions dont la principale est la littérature.

De ses études supérieures entre la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis ressort un attrait pour l’entrepreneuriat social qu’elle concrétise en créant à Yopougon en 2017 le Centre Eulis, un espace d’études et de lecture destiné à la jeunesse de cette commune populaire d’Abidjan. En 2022, c’est un second Centre Eulis plus grand qu’elle construit dans le quartier de la Riviera. Primée à de nombreuses reprises pour son engagement dans la promotion de la lecture et de l’éducation pour tous et pour toutes, Tchonté a de grandes ambitions pour son pays et pour l’Afrique.


Quelle est la vision qui vous a poussé à créer les centres Eulis et quels sont leurs objectifs ?

La vision globale du centre est de fournir une éducation de qualité à tout le monde, de rendre l’éducation plus inclusive, surtout vis-à-vis des personnes issues des milieux les moins privilégiés. Nous avons choisi de le faire à travers le livre car pour nous c’est un moyen de rendre l’éducation accessible, mais ce n’est pas le seul. Par exemple, nous organisons également des sorties éducatives. En effet, un autre des objectifs du centre c’est de faire découvrir le monde, cultiver la curiosité des enfants, des adolescents et des Jeunes à travers les livres, les ateliers éducatifs, des sorties. Il s’agit surtout de rapprocher les livres de tout le monde en Côte d’Ivoire.


En quoi consiste votre travail à l’UNICEF et qu’est-ce qui vous motive le plus dans celui-ci ?

En tant que Youth Engagement Officer, mon rôle est de coordonner les programmes d’engagement des Jeunes, d’aider les Jeunes à pouvoir être des acteurs de changement dans leur communauté, pouvoir influencer certaines décisions politiques et donc leur permettre d’avoir les outils dont ils ont besoin en termes de renforcement de capacités mais aussi d’accès à certaines plateformes d’expression afin qu’ils puissent faire entendre leur voix et mener des actions dans leur communauté.

Ce qui me motive le plus dans mon travail avec l’UNICEF c’est de pouvoir faire en sorte que les Jeunes se disent qu’ils sont en mesure de changer les choses, de pouvoir montrer aux Jeunes qu’ils n’ont pas forcément besoin d’avoir de grands moyens pour avoir un impact dans leur communauté, pouvoir faire en sorte que certains puissent se mettre en action pour changer les choses qu’ils n’aiment pas.


"La vision globale du centre est de fournir une éducation de qualité à tout le monde, de rendre l’éducation plus inclusive, surtout vis-à-vis des personnes issues des milieux les moins privilégiés."


Vous avez étudié en Afrique et en Occident, y a-t-il selon vous des ponts qui devraient être créé ? Y a-t-il des méthodes ou des pratiques de l’un ou l’autre qui devraient être encouragées ?

Je ne peux pas parler pour toute l’Afrique ou pour tout l’Occident, mais de mon expérience aux Etats-Unis je retire notamment le volet des cours pratiques, ce qui même là-bas n’est pas appliqué partout et est décrié. Le volet extra-scolaire qui consiste à participer à des conférences, faire du bénévolat etc. sont le genre de choses qui sont mis en avant même dans la recherche d’emploi et qu’il serait bien de déployer en Afrique, ou du moins en Côte d’Ivoire en particulier. Je ne saurais dire ce qui devrait être copié dans l’autre sens.


Quel est selon vous le principal chantier concernant l’éducation dans votre pays ?

L’éducation dans notre pays est très passive. Elle ne donne pas les moyens aux Jeunes de pouvoir se débrouiller après l’école. Il est vrai que tout le monde espère avoir un boulot à la sortie de ses études, mais l’éducation telle que pratiquée en Côte d’Ivoire fait que l’on attend énormément. On attend beaucoup de choses du gouvernement, du secteur privé… On attend un emploi.

Mais on n’a pas forcément le mindset pour pouvoir créer nous-même des opportunités, pour participer à des activités extra-scolaires qui vont nous permettre d’acquérir certaines compétences. Pour moi, c’est quelque chose qui manque énormément.

C’est encore une éducation où l’apprenant est très passif et où il se contente d’écouter des cours théoriques et où il n’a pas vraiment l’opportunité de se mettre en action pour prendre son destin en main.


"Ce qui me motive le plus dans mon travail avec l’UNICEF c’est de pouvoir faire en sorte que les Jeunes se disent qu’ils sont en mesure de changer les choses..."


Avez-vous d’autres rêves en cours de réalisation ? Quels sont vos challenges ?

Mon rêve est de pouvoir rapprocher les livres de tous les enfants et tous les jeunes en Côte d’Ivoire. Pour cela je souhaiterais ouvrir des centres Eulis à l’intérieur du pays ou à défaut pouvoir y apporter des box qui pourraient permettre à des Jeunes de pouvoir ouvrir des clubs de lecture. L’un des projets sur lequel j’ai vraiment envie de travailler est donc de voyager avec des bénévoles dans des villes de l’intérieur pour y réaliser des ateliers et ensuite offrir des livres qui permettront de mettre en place des clubs de lecture ou des bibliothèques.

Mon challenge est de concilier travail à temps plein et entrepreneuriat social sans compter mes autres activités, sachant que le centre Eulis est une activité qui peut me prendre beaucoup de temps. Contrairement aux années précédentes où je m’en voulais lorsque je n’avais pas assez de temps pour le centre Eulis, aujourd’hui je sais que mon travail à l'UNICEF m’aide énormément dans ce que je réalise avec le centre. Mes emplois auparavant m’aidaient beaucoup dans ce que je réalisais avec le centre mais c’est encore plus important aujourd’hui parce que même dans la manière dont le travail est organisé, les procédures mises en place, cela m’aide à mieux structurer les activités du centre. C’est un challenge de concilier les deux mais c’est aussi une aubaine d’avoir cette opportunité.


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes afro-optimistes qui nous lisent ?

Le conseil que je pourrais donner aux Jeunes c’est d’essayer. S’ils ont envie d’avoir un petit impact dans leur communauté, je les encourage à commencer avec les moyens du bord, à ne pas attendre d’avoir des millions car je pense que tout acte a une valeur. On peut être bénévole dans une organisation qui existe déjà, on peut ouvrir un petit club de lecture dans le quartier, on peut offrir des livres à des enfants. Je pense que l’on peut faire énormément de choses à notre échelle. L’important c’est de dire aux gens de commencer maintenant avec ce qu’ils ont à disposition.


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