top of page

Adamou Boubacar : un pont vers l'industrialisation de l'agro alimentaire au Sahel

Dernière mise à jour : 18 avr. 2023

Entretien avec Adamou Boubakar sur l'industrie agro-alimentaire au sahel




Qui est Adamou Boubakar?

Fort d'une formation d'Ingénieur Agro-alimentaire, spécialisé en Technologie de Transformation des aliments, nutrition-santé, marketing des produits alimentaires et qualité ainsi que d'un diplôme au Polytech'Lille et d'ONIRIS Nantes, Adamou Boubakar bénéficie de par son parcours de diverses expériences professionnelles dans ces domaines. Passionné par ces sujets et animé par une volonté profonde d'impulser une modernisation verte du secteur agro-alimentaire au sahel, c'est tout naturellement qu'il crée en 2016, l'entreprise Sahel Agropole : première Technopôle Agroalimentaire du Niger à proposer sur un même lieu toutes les conditions pour créer, développer et implanter des projets agroalimentaires de tout type.


Adamou Boubacar, ancien professeur de Biotechnologie à l’Université Régionale des Métiers de l'Artisanat (URMA) à Nantes, vous avez fait le choix de l’entrepreneuriat en créant Sahel Agropole, quels constats vous ont poussé à faire ce choix, et qu’est ce que Sahel Agropole ?

Sahel Agropole est une entreprise qui appartient au secteur des biotechnologies vertes qui a pour ambition de produire en Afrique, de transformer en Afrique et de nourrir l'Afrique. Je suis parti du constat selon lequel l'industrie agro-alimentaire doit être au cœur du processus de développement de l'Afrique. Notre dignité dépend en partie de notre capacité à nourrir et à créer des emplois pour notre jeunesse.


Aujourd’hui, le Sahel regorge de richesses diverses et variées, notamment agricoles, toutefois, ces ressources peinent à être conservées et transformées sur place ce qui constitue un manque à gagner conséquent pour les populations et le développement de la région plus largement. Comment Sahel Agropole tente d’inverser cette courbe ?

Vous avez raison de dire que le Sahel regorge de ressources agricoles qui peinent à être valorisées. Ce qui est insupportable c'est de jeter du lait ou des mangues par manque d'infrastructures de transformation, de conservation et de distribution alors que à quelques dizaines de kilomètres d'autres en ont besoin. Aujourd'hui, Sahel Agropole se bat contre ce gaspillage alimentaire en transformant les produits agricoles locaux. Presque toute la matière première que nous transformons vient du Sahel. Nous transformons la mangue en purée de mangues pour pouvoir la conserver toute l'année afin de faire des jus par exemple. Nous transformons aussi le lait en produits laitiers comme le yaourt liquide, le yaourt solide, le fromage, le déguê... Ce qui nous permet de valoriser les ressources pastorales. Nous faisons aussi des jus naturels ouest africains à base de fleurs d'hibiscus (bissap), de tamarin, de gingembre, de fruits de baobab....


Quelles sont les principales difficultés auxquelles une jeune entreprise lancée dans l’agroalimentaire est confrontée d’après votre expérience ?

Dans nos pays, l'environnement économique n'est pas favorable à l'industrialisation car il manque des ressources humaines qualifiées, de l'énergie, des infrastructures adaptées, une fiscalité incitative et stable, une politique financière adaptée et surtout une volonté politique affichée de faire du secteur industriel une priorité nationale. Nous sommes également confrontés à la concurrence internationale car les produits manufacturés viennent du monde entier alors que l'industrie a besoin de protection pour se développer

"Le faible poids de l'Afrique dans le commerce international est le reflet du faible niveau d'industrialisation du continent et de la faiblesse de l'intégration économique régionale en Afrique"


D’après un rapport 2021 sur le Développement économique en Afrique, le continent représentait seulement 2,8% du commerce mondial, le commerce intra régional ne concernant que 4,4% du commerce continental total. L’exportation intra-africaine de produits transformés d’une part, et extra continentale d’autre part serait elle une piste pour la construction d’une économie africaine capable de s’émanciper des dépendances vis à vis des matières premières qui rendent le contient vulnérable face aux chocs externes ?

L'Afrique importe environ 85 % de produits manufacturés, ce qui tue le tissu industriel africain. Or, sans industries nous ne pouvons pas combattre le chômage des jeunes. Un pays qui importe des produits manufacturés (à l'exception des machines-outils) favorise le chômage de sa propre population. Pour revenir à vos statistiques, le faible poids de l'Afrique dans le commerce international est le reflet du faible niveau d'industrialisation du continent et la faiblesse de l'intégration économique régionale en Afrique. Nous devrons arrêter d'exporter des matières premières et importer des produits finis. Cette politique économique n'est pas tenable surtout dans un continent aussi jeune.


Pensez-vous que l’industrialisation du continent et ce qui devrait en découler devra nécessairement se faire à travers l’entrepreneuriat et la multiplication des initiatives comme la vôtre ?

Historiquement, c'est l'industrialisation qui a permis à l'Angleterre, la France, l'Allemagne, l'Amérique du Nord, le Japon, la Corée du Sud et la Chine d'atteindre la prospérité économique. Ces pays se sont dotés d'insfrastructures énergétiques, de bonnes politiques économiques et financières, et surtout de vrais capitaines d'industries c'est-à-dire des hommes et des femmes très bien formés et conscients des enjeux économiques.


A quel niveau les pouvoirs publics pourraient et/ou devraient s’impliquer afin d’impulser ces initiatives ?

L'Etat doit être le fer de lance d'une ambitieuse politique industrielle. Il ne suffit pas de faire des ateliers, des colloques ou des sommets internationaux sur l'industrialisation. Il faut aussi doter nos pays d'infrastructures énergétiques, des scientifiques et des ingénieurs de classe mondiale pour transformer radicalement nos économies.


Enfin, quelles sont les ambitions à long terme de Sahel Agropole ?

Sahel Agropole veut produire en Afrique, transformer en Afrique et nourrir l'Afrique. Pour y arriver, nous ambitionnons de maitriser toute la chaine de valeurs agro-alimentaire : de la production à la commercialisation en passant par la R&D, l'ingénierie, la formation, la transformation, les intrants agricoles, les machines...

46 vues0 commentaire

Comments


bottom of page