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Louis Bertrand : comment les Etats peuvent-ils faire de la biodiversité une priorité actuelle

Dernière mise à jour : 1 mai 2023

Spécial COP 27


Qui est Louis Bertrand

Diplômé de Sciences Po Lyon (comprenant une année d'échange à WITS University - Johannesburg) et de l'emlyon, Louis dispose de 4 années d'expériences professionnelles dédiées aux relations entre la France et le continent africain, d'abord dans le réseau des Alliances Françaises (2016-2017) en Afrique du Sud et à Madagascar, puis au Conseil présidentiel pour l'Afrique (2019- 2020) et plus récemment pour le compte de la Direction générale du Trésor au Kenya (2021-2022).


La disparition de la biodiversité est-elle un problème qui se traite à l’échelle internationale ? Conservation International dénombre 36 points chauds de biodiversité dans le monde, qui couvrent 2,4 % de la surface planétaire, mais concentrent 60 % de la biodiversité mondiale. 9 d’entre eux se trouvent sur le continent africain, en incluant le bassin méditerranéen, partagé entre le sud de l’Europe et l’Afrique du Nord. La plupart de ces réservoirs de biodiversité occupent des zones frontalières, qui non seulement nécessitent mais peuvent encourager les coopérations internationales, à l’échelle régionale d’abord, comme cela s’observe dans la conservation de corridors de biodiversité (Masai Mara et Serengeti, parc du Grand Limpopo) à la gestion milieux naturels stratégiques (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, Initiative du bassin du Nil), en passant par les projets de lutte contre la désertification (Grande muraille verte).

Or le rapport Planète vivante 2020 du WWF rappelle que les activités humaines seraient responsables du déclin de 68 % des populations de vertébrés en moins d'un demi siècle. Pour le seul continent africain, 6 419 espèces animales et 3 148 espèces végétales seraient menacées d'extinction d'ici la fin du 21ème siècle, selon le centre de surveillance de la conservation de la nature (WCMC). Dans cette optique, 2022 constitue une année cruciale, durant laquelle se tiendra à la fois la COP27 sur le climat en novembre, mais également la COP15 biodiversité en décembre. Biodiversity Hotspots (conservation.org)


Compte-tenu du contexte actuel et des nombreux défis qui doivent être relevés, dans quelle mesure pensez-vous que les Etats (africains et européens) ont les moyens de faire de la biodiversité une priorité ?

Les économies africaines et européennes sortent durablement affectées de la crise sanitaire, alors que leur reprise est ralentie par les conséquences de l’invasion russe en Ukraine. Les prévisions de croissance mondiale pour l’année 2022, revues à la baisse par le FMI en octobre, devraient peser sur les économies européennes (0,6 % en 2023, contre 5,9 % en 2021) et africaines (3,7 %, contre 4,7 %).

L’espace budgétaire dédié à la préservation de la biodiversité pourrait faire les frais des politiques de lutte contre l’inflation en Europe et en Afrique, alors que de nombreux Etats africains ont également vu leur dette croître fortement (60 % du PIB en moyenne). Dans ce contexte, les Etats africains se trouvent face au défi d’avoir recours à des financements innovants et de mobiliser les financements extérieurs, tout en défendant davantage de justice climatique.

Sur le premier point, le développement du secteur privé dans la préservation de la biodiversité (réserves naturelles, conservancies) s’accompagne progressivement d’une réforme de la gouvernance du secteur dans certains pays, afin de permettre la décolonisation progressive de la gestion des espace naturels; alors que plusieurs bailleurs de fonds développent les debt-to-nature swaps[5], qui permettent des annulations de dettes en échange d’investissements dans la préservation des écosystèmes.

Sur le second point, l’aide publique au développement (APD), des Etats européens notamment, joue un rôle central, alors que la finance climatique provient à 85 % de sources internationales en Afrique, et que la biodiversité n’apparaît actuellement qu’au 8ème rang des décaissements d’APD selon la Climate Policy Initiative.

Dans cette optique, les Etats africains, qui ont contribué à moins de 4 % des émissions historiques de CO2, mais sont particulièrement exposés au changement climatique, pourraient être amenés à demander un renforcement de la finance climat depuis les économies avancées, et notamment européennes, dans une logique de justice historique.

La lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité revêtent enfin des enjeux économiques bien supérieurs aux coûts qu’ils constituent. Costanza et al.estiment ainsi dans leur étude de 2014 que les services écosystémiques représenteraient 1,6 Mds USD, soit 1,6 fois le PIB mondial[8], alors que les effets du changement climatique pourraient représenter jusqu’à une division par 2 de ce même PIB.



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